Quelques définitions :

Onomastique : science des noms propres

Anthroponymie : science des noms des personnes physiques

Toponymie : science des noms de lieux

 

Cognomen (cognomina) : surnom des Romains. Après le prénom et le nom, il constituait habituellement le troisième nom du tria nomina du citoyen romain (prænomen, nomen, cognomen). Exemple César qu’on connaît dans nos livres d’histoire sous le nom de Jules César s’appelait en réalité Caïus Julius Cæsar.Cæsar signifiait « éléphant » en carthaginois alors que beaucoup imaginent que ce mot vient du verbe cædere, tailler, inciser, couper, car César serait né par incision d’où le nom de césarienne (Aurelia survécut à son naissance mais ce fut peut-être le cas d’un de ses ancêtres, ainsi extirpé d’une femme morte. La première césarienne connue sur une femme vivante ne date que de l’an 1500 : Jacques Nufer, châtreur de porcs à Siegerhausen (Thirgovie) obtint l’autorisation d’accoucher ainsi sa femme, Marie Alepaschin, qui survécut et eut ensuite plusieurs autres enfants. Le mot césarienne n’a été retrouvé dans la littérature française qu’en 1581 (François Rousset, Enfantement césarien, Avignon, 1561).

Les prænomen étaient souvent oubliés dans la société romaine où on rencontrait des Julius, des Caïus, simplement suivis d’un cognomen. L’histoire s’est souvent contentée de rappeler le nomen et le cognomen (en les francisant, ce qui n’est pas le cas en Allemagne, en Angleterre, etc., où on les conserve sous leur forme latine). Depuis l’an 240, les consuls prirent un décret réservant le cognomen au seul fils aîné. Ex : chez les Scipion on distinguait ainsi plusieurs branches Scipion Africanus, Scipion Asiaticus, Scipion Nasica. Ces trois noms d’abord en usage chez les patriciens d’étendit ensuite au plébéiens.

Quant à Cæsar, ce cognomen sera ensuite porté par les empereurs romains et on retrouve la racine de ce mot dans l’allemand Kaiser et le russe Tsar.

Matronyme : nom donné par la mère

Patronyme : donné par le père

Hagionyme : nom de saint

Hagiotoponyme : hagionyme utilisé comme nom de saint (ex : Saint-Claude, connue précédemment sous le nom d’un éponyme, Saint-Oyand, Oyand, † 510, ayant été le 4e abbé de l’abbaye, Saint-Oyand, hagiotoponyme, remplaçant Condat, toponyme rappelant la position topographique du lieu, à la rencontre de deux rivières, condate étant le mot gaulois pour confluent, nom qu’on retrouve dans le Midi sous la forme de Condé).

 

Noms de baptême jusqu’au 11e, 12e, 13e, 14e siècle. Ils étaient peu nombreux : Jean, Jacques, François, Guillaume, Pierre, François, Claude pour les hommes, Marie, Jeanne, Elisabeth (Isabelle), Françoise Claude, Anne pour les femmes. 25 à 30 prénoms représentaient plus de 90% de tous les prénoms médiévaux. D’où, suite à la démographie croissante, la nécessité de créer des centaines d’hypocoristiques puis de surnoms (restés surnames en anglais) et devenus noms chez nous tandis que le nom (de baptême), placé devant le nom, devint le prénom.

 

Hypocoristiques (caressants, donc familiers, doux, affectueux) : Jean a donné Jeannot, Jeannin, etc., mais aussi des diminutifs d’hypocoristiques (Jeannenet) ou des hypocoristiques associés à des adjectifs. Puisque Jean peut donner Grandjean, Petitjean, Grosjean, Jeannin peut donner Béjeannin, etc. Bel se prononçait « bé » à une époque où l’accentuation n’existait pas. Pierre a donné Perrin, Perret, Perrod, Perrot, Parrenin, Parnet, etc. Jacques a donné Jacquet, Jacquot, Jacquin, Jacquemet, Jacquemot, Jacoulet, Jacoutot, etc. Marguerite a donné Marguet, Margerin et la plupart des patronymes commençant par Marg-. L’adjectif pouvait se placer aussi en fin de nom : Grandjacquet, Jeanpetit, Jeanningros. L’obésité était très souvent montrée du doigt : Gros mais aussi Grosclaude, Grosdemange, Groshenry, Grosjean (très nombreux ce qui confirme la prééminence du prénom Jean au Moyen Âge), Grosdidier, Groslambert ; Grosmaire, Grosperrin pour ne prendre que les noms précédés de l’adjectif Gros dans les seules pages bisontines de l’annuaire téléphonique 2010, dont plus de 60 Grosjean. Les descendants de ces Gros sont-ils gros ? Statistiquement, plus que la moyenne.

 

L’apparence physique a souvent été source d’inspiration

 

Couleur des cheveux : Leblond, Blondin, Blondeau, Griset, Leblanc, Blanchot mais aussi Poiblanc (comme le commissaire), Brun, Lebrun, Brunet, mais surtout Roux, Leroux, Roussel, Rousset, Roussey, Rousseau, Rousselet, le signalement de cette couleur plutôt rare attirant l’œil et permettant d’identifier rapidement celui qui en était porteur. La qualité de la chevelure a aussi donné Beaupoil, Belpois ou Belpoix, La calvitie : Calvet, Calvin, Chauvet, Chauvin, etc. Foltête peut être soit une tête de linotte soit une tête couverte de cheveux ébouriffés.

 

Taille (Courtot, Courtet, Grand, Legrand, ou associé à un nom de baptême : Grandpierre, Grandjean, Grandperrin, Grandguillaume)

 

Maigreur (Maigret, Maigrot) ou, plus souvent encore, l’obésité. Gros, Legros, bien évidemment (éventuellement accolé à un nom de baptême : Grosjean, Boille, du latin botulus, désignant l’intestin, le ventre, il n’est pas étonnant que ce mot ait donné que des pansus se soient vus affublés des noms Boillat, Boillet, Boilley, Boillod, Boilloz, Boillin, etc. (environ 70 à 80 pour la seule ville de Besançon). On retrouve la racine de ce nom dans la boille qui, en Bourgogne, est un panier large et ventru pour porter la vendange, tandis qu’en Suisse et dans le Haut-Doubs, la boille ou plutôt la bouille est un gros bidon cylindrique servant à transporter du lait.

Des caractéristiques physiques apparentes : Boichut, Boichard (grande bouche), Courbet, Dodane, Chevènement et Chevassus (pour les grosses têtes), Camus (pour les nez courts et plats)

 

Beauté : Mignot, Bé…

 

Les noms se terminant par –ard sont le plus souvent péjoratifs : Saillard, Bittard, Couillard, Pansard, Braillard (parlant fort ou pleurnichant), Chopard)

Sans oublier des cocus : Cornu, Trochut, etc.

 

Certains par aphérèse (suppression d’un ou deux phonèmes au début du mot) : comme on dit bus pour autobus, il y avait COLAS (pour Nicolas), COLIN (pour Nicolin) et ses diminutifs COLINET, COLINEAU, COLIGNON, etc., MONNIN, MONNOT (pour AYMONIN (Emonin), AYMONOT), THEVENIN (pour ESTEVENIN), MONNET (pour AYMONNET, lui-même diminutif d’AYMON).

 

D’autres par apocope (chute d’un ou plusieurs phonèmes en fin de mot (ciné pour cinéma, vélo pour vélocipède) : BARTHE (pour Barthélemy), des variantes (BERTHET, BARTHOD) et ses diminutifs (BARTHELET, BARTHOULOT). Cet usage des apocopes se multiplie actuellement, cette mode venant surtout des pays anglo-saxons : Tom, Ted, Brad, etc.

Lieu de l’habitation : repères géographiques facilement reconnaissables

 

Situation générale : ex : Dudessus (du village, s’entend), Ducreux, Dutriez (d’un endroit ou se croisent trois chemins, un carrefour)

Lieu d’habitation ou d’origine comme Dubourg, Laville, Delaville, Ducatel (du château) ou indiquant une proximité immédiate : Delamarre, Dubac, Dubois, Dujardin (ou Desjardins), Dulac, Dumont, Dupont, Duroc, Dubois, Dufour (ou métier), Dumoulin ou Desmoulins (comme Camille), Duval, Laforêt, Dupâquier (du pâturage), Duperrier (lieu pierreux ou carrière de pierres), Duplain (sur la partie plane d’un terrain accidenté), Dupré, Deschamps, Dupuis (et sa variante méridionale Dupoux), Duru (le ru étant le ruisseau) et ses variantes régionales (Duriau, Durieu ou Durrieu (x)), Duvivier (d’une maison possédant un vivier à poisson), Deschaseaux

 

Arbres et arbustes : Dubuisson, Dufresne, Dunoyer (de Ségonzac), Duchêne (Duchesne), Dulaurier, Dufrêne (Dufresne) (ou Fresnay sans préposition, comme Chêne et sa variante archaïque Chasne – évolution de la graphie parfois comme le nom commun correspondant, d’autres fois non, comme on le verra pour des noms de métiers comme Monnier/Meunier), Dupin (faux ami possible car possibilité également d’un nom de métier par ellipse (nouveau terme à inscrire dans votre petit glossaire d’onomastique, sous-entendu « l’homme du pain ». Une règle d’or : ne jamais se fier à la graphie qui évoluait au gré des caprices des copistes), Dupoirier (ou Poirier), Delorme.

Un peu plus difficiles : Duteil (du tilleul), Duquesne (variante picarde de Duchêne), Dufay (« fay », hêtre) avec des variantes graphiques comme Duffet qui, d’emblée, ne permettent plus de comprendre le nom. Duronzier (d’un endroit rempli de ronces), Duvernoy d’un lieu planté de vernes, i.e. des aunes), Fahy, Faillet (dim.), Fayard (à rapprocher de « foyard »), Duverdier, Verdier (car verdier, c’est selon les régions un verger, un garde-forestier ou une localité d’où 3 étymologies possibles). Fouilloux, Dufouilloux (habitation près d’une feuillée), Duroure (nom du Forez, du Massif Central, « du chêne rouvre »), Genet*, etc.

 

Noms d’origine géographique : Bulle, Defrasne, D’Houtaud (il existe plusieurs familles D’Houtaud à Houtaud, près de Pontarlier), Pontarlier, Decreuse, Delagrange (il existe d’ailleurs une très ancienne famille Delagrange, de La Grange (25)), Demesmay, Demolombe, Sainthillier (de Saint-Ylie près de Dole), Saintoyant, Rougebief (ancien nom de Saint-Antoine), etc.

Association possible entre en prénom et un nom de lieu

Guidevaux, Jeandenans

Par contre Besançon (et ses diminutifs, Besancenet et Besancenot) est le type même du faux ami en onomastique : c’était un nom de baptême).

 

Ce ne sont pas les hommes qui ont donné leurs noms aux lieux mais le contraire à l’exception de lieux-dits, de hameaux : La Seigne-Bernard, Les Essarts-Cuenot, Les Bichets, Les Receveurs (au Bizot), Le Cerneux-Péquignot, Le Cerneux-Monnot, etc.

 

Sauf pour les familles féodales qui n’ont jamais porté de nom : Guillaume, comte de Bourgogne (Guillaume de Bourgogne), les branches cadettes devant de Chalon, de Chalon-Arlay, etc., en fonction des terres dont elles avaient hérité ; Amaury, sire de Joux dit Amaury de Joux par les historiens par commodité

 

D’origine plus lointaine : Bret ou Le Bret (Bretagne), Bourgoin(g) (Bourgogne), Dartois, Danjou, Normand (Lenormand), Poitou

De pays étrangers :

Lallemand (pour tous ceux qui venaient d’un pays germanique),

Baverel (Bavarois)

Schwob/Schwab (Bavière),

Langlois (Angleterre)

Catala (Catalogne)

Gallois

Gantois, Gantois (Gand)

Lombard (Lombardie)

Lescot (Écosse)

Ar(r)agon

Zurcher (Zurich)

Genevois (Genève et, en général la Suisse francophone)

 

Noms de baptême dont certains aujourd’hui rares au point qu’on ne sait même plus que c’en étaient :

AUBERT (et le diminutif Aubertin, Durand (Durandus), AUBRY

BÉLIARD (qu’on retrouve dans Montbéliard)

BOURQUIN (et le diminutif BOURQUENEZ)

CUENIN, CUENOT

DEMANGE, DEMONGEOT, DEMOUGE (de Dominique). MOUGE, MOUGEOT, MOUGIN (qui sont des formes nées d’une aphérèse). Il existe aussi DIMANCHE aussi bien comme nom que comme prénom.

DESLE (nom de baptême très fréquent en Haute-Saône, Deicolus en latin, souvent traduit abusivement en Deicole)

DONAT

DROZ

EUVRARD et ÉVRARD (Euvrard étant la forme labialisée d’Évrard, labialiser étant prononcer un phonème en arrondissant les lèvres, du latin labium, lèvre).

GABET : du norois gabb, plaisanterie, moquerie

GARNIER (et le diminutif Garneret)

GIRARD (GIRARDET, GIRARDOT, GIRARDIN, GIRARDON)

GUYOT

HUET, HUOT (diminutifs de Hue)

HUGUENIN (HUGON, HUGUENET, HUGUENOT)

HUMBERT

JACQUEMARD, JACQUEMIN

LAMBERT

LIGIER (et les diminutifs Légerot, Ligerot), forme régionale de LÉGER (évêque d’Autun, tué vers 677 par Ebroïn, maire du palais de Neustrie).

MOUGIN

ODOBEL (prononcer Odobé), ODODEY, ODOBEZ, nom typiquement jurassien, dérivé régional probable d’Odobehrt ;variante d’Obert (Obrecht en Alsace-Lorraine), nom d’origine germanique

OGIER

OUDOT

OUTHENIN

PERNET, PARNET, PARRENIN, PERNOT, PERNOD, PERRENOT, PERREY, PERRIN (Perrenot), hypocoristiques de PIERRE

SERVOIS

THEVENIN (THEVENET, THEVENOT)

THIÉVENT, ÉTIÉVANT, ÉTIÉVENT

VUILLAUME, Vuillemet, Vuillemin (et le diminutif Vuilleminot), Vuillet, Vuillard, Vuillin, etc. (formes locales de Guillaume et de ses dérivés), tout comme Guy possède sa traduction comtoise qu’on retrouve dans le nom la commune de Saint-Vit ou dans les bagages Louis Vuitton, le 1er Vuitton, création de la marque, étant le fils d’un meunier du Jura (un lapsus m’ayant fait dire de Haute-Saône lors de la conférence, lapsus que n’a pas manqué de relever, à juste titre, M. Bailly, sénateur du Jura). William en anglais, Wilhelm en allemand, etc.

Un moyen pour savoir si un patronyme est un ancien nom de baptême, c’est chercher s’il a donné des diminutifs.

 

Il existe aussi des matronymes dérivés de noms de baptême féminins :

COLETTE, LAJEANNE, MARION, MARGOT, NICOLE (comme Nicolas Nicole (1702-1784), architecte franc-comtois auquel on doit l’église Sainte-Madeleine de Besançon), PERNETTE (nés souvent portés par les enfants d’une femme seule, célibataire ou prématurément veuve)

 

Une des caractéristiques de l’anthroponymie comtoise est la fréquence des patronymes formés de deux prénoms accolés en un mot ou en deux mots :

JACQHUMBERT (à Morbier)

JEANBOURQUIN, JEANCLAUDE, JEANDROZ, JEANGIRARD, JEANGUILLAME, JEANGUYOT, JEANMONNOT, JEANMOUGIN, JEANPERRIN

PERRINGUYOT

GUYONVERNIER

GUYOT-JEANNIN

DROZ-BARTHELET, DROZ-VINCENT

 

Mots médiévaux comme BESSON, jumeau. Le verbe rob(b)er, voler, a donné ROBBE et un nom composé ROBBE-GRILLET, spécifiquement franc-comtois.

 

Métiers : S’il était bien un repère, c’était la profession, surtout dans les campagne où quiconque n’était pas laboureur pouvait aisément se faire identifier par son métier. Le plus bel exemple comtois est FAIVRE (en fait, le patronyme le plus répandu en France, bien avant Martin si on additionne tous les formes graphiques : FAVRE, FABRE, FAURE, FEBVRE voire FEBURE, LEFÈVRE, les diminutifs FAVRET, FAVROT, etc.). Par contre, MARTIN, prénom moins porté de nos jours, était à l’évidence le saint le plus populaire de France à en juger au nombre de communes qui portent son nom. Il tire sa célébrité d’un geste inconcevable pour un légionnaire romain.

 

Si le FAIVRE est l’homme qui travaille de ses mains, le CLERC est celui qui préfère se servir de ses neurones), LECLERC également mais aussi les diminutifs CLERGET et CLERGEOT sans oublier des noms composés comme JEANCLERC (comme il y a des JEANFAIVRE, des JEANMAIRE, des JEANMASSON, des JEANROY, etc.), JOLICLERC, PETITCLERC.

 

BARBIER (au sens du chirurgien-barbier médiéval), CHAP(P)UIS (charpentier), CHÂTELAIN, CHOGNARD (fabricant de chogne, boulanger), FAVIER (producteur ou marchand de fèves), FERNIER (contraction de ferronnier), FOURNIER (boulanger) et FOURNERET, LEMIRE (médecin), LUL(L)IER (fabricant d’huile), MAGNIN ou MAGNIEN (chaudronnier ambulant)

MAIRE (de seigneurie) (PETITMAIRE, GRANDMAIRE, VIEUXMAIRE) et, en allemand, SCHULTZ,

MARCHAL : maréchal-ferrant

MASSON : faux ami. Pas le maçon (au sens actuel) mais l’architecte

MÉNÉTRIER, MÉNÉTREY : artisan fabricant d’instruments de musique, musicien, héraut d’armes, etc.

MONNIER (meunier, monnier se retrouvant encore dans des textes du 18e siècle) et MONNERET, MONNEROT (sans oublier les variantes MUNIER, MUGNIER, MUNERET, MUNEROT et même quantité de MEUNIER lorsque la graphie du patronyme s’est alignée sur celle du nom commun correspondant, Meunier étant donc un nom de famille d’apparition relativement récente).MULLER en allemand, MILLER en anglais, MOLINERO en espagnol, MOLINARO (MOLINARI) en italien, MJÖLNARE en suédois, MOLNAR en hongrois, MORAR en roumain, MILINER en breton, MLYNAR en tchèque, MELINYDD en gallois, MELNIK en russe,

Tous semblent dérivés du latin MOLINARIUS (et la persistance des consonnes MLN ou au minimum ML, les voyelles ne servant qu’à relier des consonnes :

GUILLOT = GUILLET ; MONNOT = MONNET.

Aucune importance non plus pour la graphie GUILLOT, GUILLOD, GUYOT, etc.

 

PÂQUIER, PASQUIER : propriétaire ou exploitant de pâquis, de pâturages.

PÉLISSIER et PELLETIER (fourreur), PEUGEOT, PÉGEOT (fabricant de poix), PERRIER (carrier, patronyme fréquent dans le Jura, une perrière étant une carrière de pierres), POUT(H)IER (potier)

 

PROST (prévôt) et une quantité de noms composés dans le Haut-Jura : Prost-Bayard, Prost-Boucle, Prost-Couturier, Prost-Dumont, Prost-Lacroix, Prost-Petit, Prost-Petitjean, Prost-Romand, Prost-Tournier, Prost-V(u)illard, etc. Le Doubs, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort ont souvent préféré conserver la forme complète PREVOT.

 

RECE(P)VEUR, ROUHIER ou RUHIER (charron, fabricant de roues), SERGENT (huissier), TAILLARD (menuisier-charpentier), TISSOT, TIXIER, TIXERAND (tisserand), TOITOT (couvreur), TOURNIER (tourneur sur bois) et TOURNERET, , LHOTE, LHOSTE (aubergiste dit « hôte public »), SAU(L)NIER (ouvrier du sel), SOCIER (sorcier, signifiant sourcier), TABELLION (notaire), TUPINIER (fabricant-marchand de toupins, petits pots de terre), BANNELIER (officier seigneurial qui a même donné son nom à une famille de la région de Pont-de-Roide, exemple rare d’une famille où on a pu remonter jusqu’à un Bannelier, bannelier de la seigneurie de Neufchâtel-Bourgogne), CUVIER (qui est plus un fabricant de cuves plutôt qu’une famille originaire de Cuvier dans le Jura), DORNIER (potier) et DRONIER (métathèse), VALET (domestique, Varlet, écuyer) avec des adjectifs (Bévalet, Bévalet, Bonvalet, Bonvalot, Gutknecht en allemand), VACELET (petit vassal), CORVOISIER, COURVOISIER, CREVOISIER (tous deux très francs-comtois, bel exemple de métathèse, comme dans les noms communs, le mot médiéval formage, devenu fromage, les métathèses devant toujours être présentes à l’esprit lorsqu’on étudie des lignées généalogiques dans les R.P.), CORVISIER, CORVISART (cordonnier, de l’ancien français corvois, cuir de Cordoue).

Autre exemple de Métathèse : GRENIER pourrait certes avoir désigné le propriétaire de grenier mais, en réalité, ce patronyme est une métathèse de GARNIER, prénom fort en usage au Moyen Âge.

Le cas particulier de BOUHÉLIER mérite qu’on s’y attarde :

Certains « métiers » n’étaient en fait que des moqueries : Moine, Lemoine, Prêtre, Lévêque, Cardinal , Curé, Vicaire, Lapostole (exemple de l’intérêt à connaître des mots en usage au Moyen Âge)

 

CARÊMENTRANT : mannequin de paille qu’on promenait dans les rues le mercredi des Cendres avant de le brûler. Ce sobriquet était donné à l’homme qui promenait ce mannequin ou qui ressemblait à ce dernier ou encore qui faisait grise mine comme entrant en Carême.

 

TROCHU, CORNU : cocu CORNUET (diminutif). Cocu a donné aussi Cocuel(le), Cocuau mais COCU perdure avec toutes les variantes possibles (confirmation du fait que le nom de famille est donné par les autres et se voulait volontiers ironique)

 

AGNUS, DOMINE : surnom de chantres.

 

PAYEN : paysan (du latin paganus). En russe, un paysan se dit Krestianni (Krestiannié au pluriel) car ce sont les paysans qui, les premiers, se sont fait baptiser vers l’an 1000.

 

ROY (LEROY) et LEMPEREUR

 

Il y a aussi en Franche-Comté quantité de noms d’origine germanique dont, bien évidemment des noms de professions

KAUF(F)MANN : marchand

KELLER* (à la fin du 19e siècle à Morbier) : employé du cellier

KIEFFER : tonnelier

METZGER : boucher

MULLER : meunier – WEISSMULLER

SCHER®ER : tondeur de drap

SCHINDLER : couvreur, du verbe schindeln, « couvrir de bardeaux). A rapprocher de la couverture en shingle (bardeaux bitumeux), mot d’origine américaine signifiant bardeau.

SCHMIDT : forgeron (Smith en anglais, le patronyme le plus répandu Outre-Manche)

SCHNEIDER et ses variantes (Scheit(t)er) : tailleur, tisserand

SPIELMANN : jongleur, saltimbanque

STENMETZ : tailleur de pierres (ainsi que STEINMANN)

SULZER : fabricant de salaisons

SUT(T)ER : cordonnier (de même que SCHUMACHER)

WAGNER : charron

WEBER : tisserand

ZILBERMANN orfèvre, orfèvre venant lui-même de « fèvre de l’or », le forgeron, l’artisan de l’or

ZIMMERMANN : charpentier

 

Noms par ellipse : Desjeux (l’homme des jeux, tenancier d’un jeu de boules ou de paume)

Fils de :

Dujean, Lajeanne (par ellipse : fils de la Jeanne)

Alasseur (dans le Bourbonnais).

Aumaître (fils au maître, à la sœur, selon des tournures qui ont subsisté dans le langage populaire)

Alavoine (l’homme à l’avoine, producteur)

 

Pour finir quelques étymologies de noms de familles propres au Haut-Jura :

 

ALIX : matronyme

ARBEZ : dérivé d’Arbert, Herbert, donc un ancien nom de baptême.

BERARD : nom de baptême

BILLOT : aphérèse de Robillot, diminutif de Robert.

BOLAY, dérivé de boul, bouleau (arbre caractéristique du domaine)

BOSSET, BOUSSET (sa forme labialisée) : bossu

BUFFARD : dérivé péjoratif de l’ancien français bufe, buffe, coup, gifle. Surnom probable de bagarreur.

BURLET : de burle, plaisanterie, raillerie. Surnom d’un homme moqueur.

CHAP(P)UIS : charpentier (du verbe chapuiser).

COTTET : aphérèse de Jacotet. Idem pour Cotin, Cotat, etc.

CRETIN, CHRITIN, CRISTIN : faux amis : dérivés de chrétien

DAL(L)OZ : fils d’Alodier, c.a.d. du tenancier d’un alleu, d’un fief.

LAVENNA, DELAVENNA : On pourrait croire que ce nom vient de l’avoine (qu’on appelait avenne au Moyen Âge). Mais Lavenne est aussi un hameau jurassien de la commune de Cinquétral et, justement, c’est à Cinquétral qu’on en trouve le plus.

GRATTARD (finale péjorative), de gratter, laboureur : Surnom de mauvais laboureur. (le sens péjoratif des mots en –ard perdure dans quantité de noms communs : flemmard, traînard, jobard, vantard, cossard, pantouflard, crevard, toquard)

HUGON : prénom, hypocoristique d’Hugues

LAMY : sobriquet, au sens de l’amant

MALFROY : nom d’origine germanique

MANDRILLON (nombreux aux Rousses) : porteur d’un vieux manteau (mandrille)

MICHALET et MICHAUD : deux hypocoristiques de Michel de l’ancienne forme Michal, les noms en –al s’écrivant indifféremment (ex : Bidal, Bidau(l)x ; Laval, Lavau(l)x)

MOREL : brun de peau comme un Maure (Moreau, etc.) alors que brun de cheveux, c’est Brun, Lebrun, etc.)

PETETIN : diminutif de Petit (comme Petitot)

RAYMONDET est bien évidemment un diminutif de Raymond

REVERCHON : nom typiquement franc-comtois et jurassien : c’est un dérivé de l’ancien français reverchier, fouiller, bouleverser en cherchant. Sobriquet d’un homme brouillon, désordonné ? En onomastique, à côté de patronymes dont l’étymologie est parfaitement connue, on reste parfois sur des hypothèses…

ROBBE : on l’a vu

ROMAN(D) est une variante du nom de baptême Romain et comme on est dans le Jura, pays des noms composés : PROSTROMAND (qu’il faudrait prononcer Proroman …)

 

Problème de fils de … Comment, au Moyen Âge choisit-on de le dire en français ?

Dans d’autres pays, les finales des patronymes ont vite fait de nous renseigner.

 

Son en anglais : Jackson, Jonson

Sohn en allemand : Mendelsohn

Sen en danois : Jensen, Andersen

Vitch en russe (ovna pour les femmes) et vic en slave

Oglu en turc : Mihailoglu (le fils de Mihail)

Ez en espagnol : Martinez, Ferdandez, Sanchez

Es en portugais : Henriques, Gomes, Fernandes, Gonsalves

Ian en arménien : en fait, qui appartient au clan de (Aznavourian, Antonian, Androssian, Markossian, Hagopian, Simonian, Petrossian)

Poulos en grec : Constantinopoulos

Fitz (pour les fils bâtards des rois d’Angleterre : Fitz-Roy, Fitz-Moritz, Fitz-James, Fitz-Gerald

S final en Flandre (le s du génitif) : Peters, Jansens, Willems, etc.

Ben, Ibn en arabe, Ben en hébreu (Benguigui, Bensaïd, Benamou, fils du beau-père)

Mac en écossais : McGregor, McArthur, MacDonald, Mac-Mahon

O’ en irlandais : O’Neal, O’Brien, O’Connor. Mais il y a aussi un nombre à peu près égal de Mac

Ski en polonais (ska pour les femmes) : Poniatowski (le fils de Poniatow)

Escu chez les Roumains : Ceaucescu, Basilescu (le fils de Basile)

Et en français ? à, de, à la, au, etc. mais aussi et surtout grâce aux finales en –et et –ot.

C’est ainsi

que la plupart des anciens noms professions devenus noms de famille possèdent un diminutif :

Chapuis : Chapuiset

Clerc : Clerget, Clergeot

Faivre : Favret, Favrot

Magnin : Magnenet

Monnier : Monneret, Monnerot

Tournier : Tourneret, etc.

 

Que les prénoms devenus noms de famille ont leurs diminutifs :

Charles : Charlet, Charlot

Claude : Claudet

Colard : Colardet, Colardot

Colin : Colinet

Étienne : Étiennet et, plus souvent, Étienney

Guillaume : Guillaumet, Guillaumot

Guyot : Guyottet

Hue : Huet, Huot

Jacques : Jacquet

Jeannier : Jeanneret, Jeannerod, Jeannerot

Josserand, Jousserand : Jousserandot

Henri : Henriet, Henriot

Hugues : Huguet

Ligier : Ligeret, Ligerot

Louis : Louiset, Louisot

Martin : Martinet

Perrin/Pierre : Pernet, Pernod, Pernot

Pierre : Pierret, Pierrot mais aussi Perret, Perrot, etc.

Renaud : Renaudet, Renaudot

Simon : Simonet, Simonot, Simonnot, etc.

 

Que les sobriquets liés à des particularités physiques ont leurs diminutifs :

Camus : Camuset

Blond : Blondet

Brun : Brunet

Gris : Griset

Noir : Noiret, Noirot

Maigre : Maigret, Maigret, etc.

 

Que des noms liés à l’origine géographique :

Arragon : Arragonnet

Bourgoin (Bourguignon) : Bourguignet

Lallemand : Lallemandet

Lombard : Lombardet, Lombardot, etc.

 

Mais pour conforter cette théorie de nombreux noms en –et qui auraient signifié « fils de », il fallait en trouver confirmation dans les noms des plus anciennes familles :

Le premier ancêtre connu de l’illustre famille des Carondelet s’appelait Caronde

Le fils d’un des premiers seigneurs de Provenchère s’appelait Le Provencheret

En Franche-Comté encore, Madame de La Chassagne eut un fils qu’on nomma Le Chassignet.

On pourrait multiplier les exemples, tous démontrant la signification de la plupart des finales en –ot et surtout en –et. Ceci est à rapprocher des finales qu’on trouve dans d’autres pays aux langues issus du latin : les finales –ez en Espagne et –es au Portugal.