Extrait de :

Religieuses missionnaires du diocèse de Besançon

auteur Jean THÉBAUD - Coopération missionnaire - 20 rue Mégevand 25041 Besançon Cedex

Autour d'un centenaire.

Un monument pour une Franc-comtoise à Lima.

Le 8 octobre 1986 fut inaugurée à Lima (Pérou) la statue représentant Sœur Hermasie Paget. La place n° 76, proche du nouveau Belen, s'appelle désormais ''Parque Hermasia Paget'

Il faut revenir un siècle en arrière, aux années 1879-1881. La Bolivie entraîne le Pérou dans une guerre de revanche contre le Chili, qui s'est emparé des mines situées dans une zone frontière. Le Chili envahit la faible nation péruvienne. En juin 1881, la ville de Lima capitule et va être livrée aux exactions de l'occupant. Sur la côte, l'amiral Dupetit-Thouars est autorisé à évacuer les religieuses françaises. Mais celle-ci avaient accueilli plus de trois cents mères de famille et leurs enfants qu'elles hébergèrent et protégèrent durant tout le conflit. A la demande pressante de Sœur Hermasie, le marin français intervint près du général chilien pour obtenir que la capitale du Pérou soit épargnée. Les habitants furent sauvés.

Sœur Harmasie Paget est née à Sombacour en 1828. Son père instituteur avait d'abord enseigné à Foncine où naquit Sœur Cyrilla, entrée la première dans l'institut des Sacrés Cœurs. Embarquée à Saint-Malo le 5 décembre 1842. Sœur Cyrilla devait périr en mer avec trente-huit passagers, dont beaucoup de religieux et Mgr Ronchouze. Marie Eugénie (Sœur Hermasie) s'offrit pour prendre la place de sa sœur.

Elle s'embarqua en 1848 pour le Pérou. Remarquable éducatrice, elle devait fonder plusieurs collèges au Pérou (Ica : Arequipa), en Bolivie (La Paz). Chargée plus tard de visiter toutes ces maisons, elle en était ''l'âme et le soutien'', surtout après avoir relevé les écoles ruinées par la guerre du Chili. Le Président du Pérou lui octroya le diplôme d'or comme ''Mejor Maestra de la Républica''.

Elle mourut saintement en 1890 et en 1892 paraissait en espagnol une biographie : ''A la bendita mémoria de la vénérable Madre Hermasie Paget''.

La semaine Religieuse de Besançon de 1891 (page 73) nous donne des informations complémentaires sur la famille de Sœur Hermasie. Le père a terminé sa carrière d'instituteur à Ouhans (25). Sur les neuf enfants, outre les deux religieuses Cyrilla et Hermasie, deux garçons devinrent prêtres, un troisième devint Frère Jean Olympe, Supérieur général des Frères des Écoles chrétiennes. Une nièce était aussi religieuse à Lima en 1891 (son nom malheureusement n'est pas indiqué).

 

Hermasie Paget: l'amérique latine découvre nos soeurs

 

par Sr. Maïda Carlier ss.cc
In "Horizons Blancs" n°164


Soeur Hermasie est née à Sombacour, dans le Jura, le 2 août 1828 et a reçu au baptême le prénom de Marie Eugénie. Familièrement, elle était : Marie.
Elle appartient à une bonne famille catholique ; un garçon devient prêtre et Thaïs, la sœur aînée, entre dans la Congrégation. II est donc normal que Marie désire aller au Pensionnat des Sacrés Cœurs. La Verpillière est choisie et elle y devient une brillante élève. Si bien qu'on l'envoie à Paris, pour témoigner, devant une commission élargie, de la qualité de l'enseignement prodigué par les Sœurs. Marie espère profiter de cette occasion pour faire ses adieux à Thaïs, devenue Sœur Cyrilla, qui doit partir pour Hawaï. Les deux sœurs se manquent et la plus jeune ne se croit pas autorisée à accepter l'offre de revoir son aînée au Havre. Elles ne se revoient donc plus, puisque le voilier "Marie-Joseph" ne parvient jamais à destination, suite à un naufrage en mer.

Marie Paget entre au noviciat le 25 mars 1843. Elle s'y montre une novice exemplaire, telle qu'on les apprécie à cette époque. Il se dit qu'elle reçoit la mission de se montrer particulièrement aimable envers une collègue spécialement difficile qui n'est sympathique à personne. La novice Hermasie y réussit parfaitement, au point que la Maîtresse commence à la soupçonner d'entretenir une amitié particulière tant redoutée. Bien que parfaitement préparée, la novice doit attendre jusqu'au 24 octobre 1848 pour faire sa Profession Religieuse.

Hermasie n'a pas une forte santé, de sorte que les médecins prescrivent un changement de climat. C'est la raison pour laquelle la jeune professe est envoyée en Amérique Latine. Elle part le 15 juillet 1849 avec quelques sœurs. Les voyageuses arrivent à Valparaiso le 31 décembre 1849 et, après quelques mois, Hermasie, accompagnée de quelques sœurs, se rendent vers leur destination définitive : la nouvelle fondation de Lima, capitale du Pérou. Hermasie y est tout de suite chargée de la direction de l'internat et lors du retour en France de la fondatrice, Cléonisse Cormier, elle devient la supérieure de la maison de Belém. C'est le 8 octobre 1854. Elle a 26 ans ! C'est, en fait, elle qui désormais va assumer l'œuvre missionnaire au Pérou jusqu'en 1890.

Dès le début de 1857, elle fonde à Ica, une seconde maison... puis en 1878, c'est Arequipa ; auparavant, il y avait eu Riobamba, en Equateur, en 1873, et Guayaquil en 1874. En 1881, la Supérieure Générale la charge de visiter toutes les maisons des Soeurs en Amérique latine. Le 1er septembre 1883, elle fonde une autre Communauté, à La Paz, en Bolivie. Elle suit ainsi l'exemple de Cléonisse Cormier et participe à la fondation de plusieurs provinces florissantes.

Hermasie a encore un autre champ d'action, à savoir : la participation des laïcs au but et à l'œuvre de la Congrégation. En 1870, elle érige au Pérou, avec le Père Donat Loir, l'Association des Sacrés Cœurs et pour permettre aux élèves des écoles et des internats de se retrouver, même après avoir quitté l'institution, elle fonde l'Association des Filles des Sacrés Cœurs, en 1883, pour les grandes et les anciennes élèves des écoles de la Congrégation.

La bonne renommée dont elle jouit à l'extérieur et les connaissances nouées vont lui permettre, lors de la guerre entre le Chili et le Pérou, de mettre Belém sous la protection de la marine française et de jouer un rôle prépondérant lors des tractations entamées par le commandant de la flotte française pour sauver Lima. En 1924, en souvenir de cet événement, une plaquette est inaugurée, portant le texte suivant : "Hommage du Conseil Provincial de Lima à la Révérende Mère Hermasie Paget, Supérieure du Couvent des Sacrés Cœurs de Belém qui, par son influence auprès de l'Amiral Bergasse Dupetit-Thouars, contribua, en 1881, à sauver la ville de Lima."

Quelle personne était cette Hermasie Paget ? Sans aucun doute, une femme exceptionnelle. Malgré sa santé fragile, elle doit lutter contre la maladie et est sujette à des fièvres persistantes, et elle n'a pas peur du travail. Si les revers et les chagrins ne lui sont pas épargnés, elle sait néanmoins rester une femme heureuse et joyeuse, si nous en croyons ses contemporains.

"J'estime, j'apprécie, j'aime ma Congrégation, non parce que j'en fais partie, mais pour son esprit, son but, ses œuvres... Adorer Notre Seigneur perpétuellement, réparer, consoler, faire connaître les Sacrés Cœurs : quelle sublime vocation !" dit-elle elle-même dans ses souvenirs.

Comme Supérieure, elle se montre une vraie mère pour les Sœurs. Bon nombre de gens, jeunes ou vieux, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Congrégation, viennent lui demander conseil. Elle est intelligente. Chargée, dès son jeune âge, de grandes responsabilités, elle a su développer une connaissance lucide des personnes et des choses, de sorte qu'elle est à même de prendre des décisions, non seulement avec une certaine sagesse, mais aussi avec l'énergie nécessaire. Sans doute y a-t-il également un revers de la médaille, mais aucun texte ne nous en révèle les ombres.

Ce qui est tout à fait certain, c'est que Hermasie Paget a beaucoup d'amis. Cela se manifeste à sa mort, sur venue le 2 novembre 1890, et lors de ses obsèques. Les Sœurs et les élèves ont beaucoup prié pour elle durant sa dernière et douloureuse maladie. Hermasie y répond laconiquement : "Les prières que vous faites pour moi me retiennent sur la terre ; je vous serai, cependant, plus utile au ciel!"

Aujourd'hui encore son souvenir reste vivant en Amérique Latine, qui lui doit beaucoup. C'est, en tout cas, ce qui se manifeste le 8 octobre 1986, quand les anciennes élèves du Collège de Belém prennent l'initiative de faire ériger une statue à Hermasie Paget, dans un des parcs de Lima.