Mauvaise surprise pour le lapidaire de Septmoncel

 

La deuxième session des assises du Jura pour l'année 1888 a été ouverte le matin à neuf heures, sous la présidence de M.DRUARD, conseiller à la cour de Besançon. Cette première audience a été consacrée à l'examen de l'affaire concernant le nommé COLLET (Joseph Edouard) âgé de 28 ans né à Haute Molune, accusé de vol qualifié. Voici les faits qui lui sont reprochés par l'acte d'accu-sation. De la procédure résultent les faits suivants: Le 7 mai 1888,le sieur CHEVASSUS AGNES lapidaire au hameau du Manon, commune de Septmoncel revenait de son travail, lorsque, arrivé près de sa maison, il remarqua que le carreau de la porte de son écurie avait été brisé. Pris immédiatement de soupçons, il se rendit dans une chambre au premier étage où il constata qu'il avait été la victime d'un vol d'environ 800 francs. Des voisins firent alors connaître qu'un individu étranger à la localité avait été vu rôdant dans le courant de l'après midi autour de la maison du sieur CHEVASSUS. La gendarmerie aussitôt prévenue du vol, réussit à arrêter au hameau de Rochefort, un homme dont le signalement correspondait à celui qui avait été fourni et fut trouvé porteur d'une somme de 697 francs et 45 centimes.

C'est homme était l'accusé Joseph Edouard COLLET et après avoir donné plusieurs versions inadmissibles, il reconnut que le 7 mai 1888, vers 4heures du soir, revenant du hameau de la Pesse et passant devant la maison du sieur CHEVASSUS AGNES, l'idée lui est venue en voyant que la maison était isolée et que les propriétaires étaient absents, de s'y introduire et de chercher à commettre un vol. Avec un morceau de bois, ramassé par terre, il brisa un carreau de la porte de l'écurie et passant son bras par l'ouverture qu'il vient de pratiquer, il tira le verrou et ouvrit la porte. Puis gagnant le premier étage, il pénétra dans la chambre à coucher des époux CHEVASSUS AGNES. Il y ouvre une malle non fermée à clé et s'empara d'un porte monnaie contenant une certaine quantité d'or, une pièce de quarante francs, cachée dans une petite boite, ainsi qu'un billet de 100 francs rangé dan un porte-feuille. Le crime commis, COLLET se dirigea d'un pas précipité vers Saint Claude.

D'après l'accusé la somme par lui soustraite se serait élevée à 700 fr. seulement. Il est contredit sur ce point par le sieur CHEVASSUS AGNES qui prétend que la somme volée s'élevait à 880 fr. Joseph Edouard a de mauvais antécédents. Il a déjà subi trois condam-nations dont une à 13 mois de prison pour vol commis dans des circonstances à peu près semblables, l'autre à cinq ans de prison pour vol qualifié. En conséquence, il y a lieu d'accuser COLLET, Joseph Edouard d'avoir le 7 mai 1888 au Manon, commune de Septmoncel, d'avoir frauduleusement soustrait une somme de 880 francs au préjudice du sieur CHEVASSUS, lapidaire et cultivateur audit lieu, avec cette circonstance aggra-vante que ladite soustraction frauduleuse a été commise à l'aide d'extraction extérieure dans un édifice. Crime prévu et puni par la loi art.279 331 381 n°4 du code pénal.

Après l'audition des témoins, DELERIEUX, substitut, prend la parole et dans un réqui-sitoire énergique, demande une condamnation impitoy-able. Me ZEDET chargé de la défense de COLLET tire tout le parti possible de la tâche ingrate qui lui était imposé; mais malgré ses efforts, le jury prononce contre l'accusé un verdict affirmatif et lui refuse les circonstances atténuantes. En conséquence la cour condamne COLLET à six ans de travaux forcés et dit qu'à l'expiration de sa peine, il sera relégué à perpétuité. COLLET entend la condamnation contre lui sans manifester la moindre émotion. Journal l'Echo de la Montagne samedi 6 juin 1888. https://www.retronews.fr/ journal/l-echo-de-la-montagne/09-juin-1888/217/1723445/2 Jugement de la cour d'assises du Jura le 04 juin 1888 (cote Up 1452 aux AD 39) qui condamne à 6 ans de travaux forcés Joseph Edouard COLLET né en 1860 à Haute-Molune, célibataire, pour vol le 07 mai dernier de 880 francs au préjudice du sieur CHEVASSUS lapidaire et cultivateur au Manon.