Vers 1621, Claude Paiget était curé depuis trois ou quatre ans de la paroisse de Longchaumois (Jura).

Aussitôt pourvu de cette cure, il commit des débordements,.....

 

Un scandale dans une paroisse du Jura

Vers 1621, Claude Paiget était curé depuis trois ou quatre ans de la paroisse de Longchaumois (Jura). Aussitôt pourvu de cette cure, il commit des débordements, s’attaquant à la pudicité de plusieurs femmes et filles du lieu. Il aurait "joui d’elles et même en aurait eu un enfant, né monstrueux d’une fille qu’il entretenait".

Parmi les femmes que le curé Claude Paiget pourchas-sat, il y eut l’épouse d’un notaire, Jean Reverchon, dont "il s’enflamma passionnément". Il la poursuivit dans sa propre maison qu’il fréquenta sans gêne lorsque Jean Reverchon était absent. Ce petit manège dura trois ans,au grand scandale du peuple et au plus grand mécon-tentement de Jean Reverchon et de ses parents et alliés.

Jean Reverchon était au courant et se décida à en parler au curé. Comme sa femme était une "paroissienne et fille spirituelle du curé", il fit savoir au curé, a plusieurs reprise s, le ressentiment qu’il avait de ses déportements "vitupérables" (=blâmables honteux, abjects) qui déshonoraient sa qualité et profession, et à la charge qu’il exerçait. Il menaça aussi le curé de lui faire perdre la vie s’il le retrouvait en compagnie de sa femme, comme les lois lui permettaient.

 

Mais le curé continua sa cour assidue à l’épouse de Jean Reverchon. Au début de l’automne 1622, le notaire trouva sa femme avec Claude Paiget . Il lui asséna quelques coups de poing pour le faire sortir de sa maison. Plus tard, il mit un couteau sous la gorge de sa femme pour qu’elle avoue que le curé abusait d’elle, en lui disant:<<Confesse, confesse, autrement je te tuerai!>>. Il chassa ensuite sa femme et ses autre enfants. Il n’en avait pas terminé pour autant avec le curé. Jean reverchon espérait que "ses chaleurs étaient éteintes mais elles s’allumaient de nouveau". La femme accoucha d’un enfant et le notaire le porta aux fonds à l’église pour le faire baptiser. Le curé refusa, "croyant y avoir sa part"!

 

Dans les tavernes qu’il fréquentait, Claude Paiget se vantait de jouir de la femme de Jean Reverchon, en disant qu’il le tuerait bien "pour être plus paisible". Il avait d’ailleurs toujours un petit pistolet dans ses poches, alors que cela était interdit par les édits de la province. Lors d’une procession à Saint Claude, il se fit même accompagner d’un parent ayant une longue arquebuse. Le curé parvint à obtenir un mandement de garde de la femme et de ses enfants, afin de rentrer plus librement chez elle. Pour déshonorer encore davantage Jean Reverchon, le curé chantait une chanson diffamatoire qui disait qu’il jouissait de sa femme.

A la Saint Luc( 18 octobre), Jean Reverchon revint des Rousses, à deux lieus de Longchaumois, où il avait soupé en compagnie d’un religieux de Saint Claude et d’autres bourgeois. C’était la nuit et il passa devant la taverne . IL s’approcha et fut étonné d’y entendre parler de lui. Le curé s’y trouvait, qui disait "le diable n’est pas à Longchaumois, il est aux Rousses !", évoquant à l’évidence le notaire.

 

Lorsque le curé sortit de la taverne, Jean Reverchon lui donna un coup de bâton ferré dans le vente puis partit. Le curé en mourut. Personne ne vit le notaire commettre cet acte, sauf une jeune fille mais elle ne le reconnut pas. Cependant, pour soulager sa conscience , Jean Reverchon sollicita le pardon souverain.

 

Malgré tout, après la mort du curé, Jean Reverchon se vanta de son acte, en disant :"mort Dieu ! Voici le bâton du curé, je l’avais bien émoulé (aiguisé)". Jean reverchon demanda aussi au nouveau curé de Longchaumois, Marc Patey, de "lui permettre d’effacer le nom dudit curé qui est gravé sur la grande porte de la maison curiale, disant que c’était éteindre tout à fait sa mémoire".

C’est dire que la haine était tenace.

 

 

 

 

 

Source : Crimes et châtiments en Franche Comté au temps de Ravaillac, de Paul Delsalle.

Editions Cêtre, 2012 p117-11 8